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Appel à communication – Colloque International « L’activisme artistique et la mondialisation de la scène de l’art (théorie, pratique, paradigme et circulations) »

Date/heure
09/12/2019

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L’axe ADS (Art/Design/Scénographie du MICA – EA 4426) de l’Université Bordeaux Montaigne, le CEIAS (Centre d’Étude de l’Inde et de l’Asie du Sud – UMR 8564-EHESSCNRS) et CLIMAS (Cultures et littératures des mondes anglophones – EA 4196) de l’Université Bordeaux Montaigne organisent un colloque international les lundi 4, mardi 5 et mercredi 6 mai 2020, à l’Université Bordeaux Montaigne.

L’activisme artistique et la mondialisation de la scène de l’art (théorie, pratique, paradigme et circulations)

Sous la direction de Nicolas Nercam ADS-MICA (UBM) chercheur associé CEIAS (EHESS-CNRS) et Mathilde Bertrand CLIMAS (UBM).

Télécharger l’appel à communication Anglais/Français entier.

Argumentaire :

Sans être clairement défini, « L’activisme en arts » est une appellation fréquemment utilisée, depuis les années 1990, pour évoquer une part importante de la production de l’art contemporain à travers le monde. De nombreuses manifestations internationales – la biennale de Berlin de 2012, la biennale de Venise de 2017, la Manifesta 12 de Palerme en 2018, ou bien la biennale de Kochi-Muziris, « Possibilities for a non-alienated life » de 2018-19 pour ne citer ici que les plus récentes – lui sont consacrées et abordent, entre autres, les thématiques de l’écologie, de l’altermondialisme, du féminisme, de la consommation responsable, de l’aliénation sociale et économique ou de l’immigration. De même, un certain nombre d’ouvrages (C. Mesch 2014, D. Vander Gucht 2014, J.M. Lachaud 2015, N. Thompson 2015, 2018, P. Weibel 2015, G. Didi-Huberman 2016, G. Sholette 2017, 2018, D. Berthet 2018, M. Reilly 2018) et de revues (Artforum International de mai 2019 en est un exemple) abordent la question des formes contemporaines que prennent les interrelations entre art et politique.

« L’activisme en arts » regroupe des actions artistiques liées à des questions sociales et politiques et renoue avec des pratiques contestataires, en résistance à l’hégémonie quasi planétaire de l’idéologie propre au capitalisme dit néolibéral. Cette nouvelle prise de conscience du caractère politique de la création artistique remet en cause les discours consensuels sur la neutralité de l’art et de l’esthétique, confinés dans leur « autonomie » et imperméables aux désordres du monde. Au sein de l’activisme artistique se joue une dialectique entre deux entités, traditionnellement perçues comme étant de nature différente : le champ de l’art (trop souvent défini comme autonome, sans autre fonctionnalité que la sienne propre) et le champ du politique et du social (pensé comme praxis de l’exercice des pouvoirs dans une société organisée).

Nul doute que l’art, aujourd’hui comme hier, ne peut changer concrètement le monde. Néanmoins, les expériences auxquelles il nous convie peuvent malgré tout, en nous secouant et en nous troublant, nourrir notre capacité de nous révolter et réveiller notre faculté à aspirer à autre chose que ce qui est (Lachaud 2015).

La question centrale que pose l’activisme artistique pourrait être énoncée de la sorte : Comment évaluer la capacité des champs artistiques (arts plastiques, littérature, performance, théâtre, danse, vidéos, etc.) à fonctionner « en écho » à la protestation sociale et politique ?

Vouloir mesurer cette capacité (voire son efficacité) est une entreprise difficile, tant les objectifs et les finalités artistiques et idéologiques des activismes paraissent variés. En témoigne l’extrême diversité des appellations qui désignent, dans le monde, l’activisme en arts : Art sociétal (Socially engaged art), Art engagé, Art communautaire (Community based art) Art dialogique (Dialogic art), Art d’intervention (Interventionnist art), Art participatif (Participatory art), Art relationnel, Art collectif (Collective art), Art contextuel, Artivisme, etc.

Etymologiquement, la notion « d’activisme », au-delà de l’anglicisme auquel elle peut renvoyer, semble mettre à distance toute volonté de réflexion sur le monde contemporain. Elle désigne plutôt – sans revendiquer aucune filiation particulière, ni politique, ni artistique – des conduites privilégiant l’action vigoureuse et même percutante ; quitte à confondre parfois « agitation » et « action ». En ce sens, l’activisme est symptomatique de notre époque, où l’on va favoriser une « urgence de l’action » (urgence climatique et environnementale, urgence sociale, etc.), souvent au détriment de pensées plus globales des problématiques.

L’éventail des pratiques artistiques mobilisées par l’activisme est ainsi très large. Il va de techniques dites traditionnelles (peinture, dessin, sculpture, théâtre, etc.), en passant par des pratiques éphémères, en situation, s’inscrivant dans un temps et un lieu particuliers (espace public, espace urbain, entrepôt, etc.), jusqu’au développement d’interventions sur la toile du net (net art, hacktivism, etc.).

Au sein de toutes ces pratiques, deux positions radicalement opposées peuvent être délimitées :

  • L’une consiste à inscrire l’action artistique dans une forme de bonification de la fonctionnalité du message et de l’action politique et ce, afin de rendre ces derniers plus « attractifs ». Dans ce cas de figure, l’artiste activiste se doit d’être en empathie (tout du moins en accord) avec l’objet du discours politique. Si ce type d’intervention permet à l’artiste de caresser l’espoir d’obtenir quelques changements sociaux et politiques, il contient le risque de l’assujettissement idéologique, de la dérive vers l’art de propagande et de la réduction de l’innovation esthétique.
  • L’autre conduit à situer l’action artistique dans le détournement et le dysfonctionnement de l’action politique et de son discours, dans l’annulation de leur dimension pratique et efficiente. Cette dernière position semble avoir été adoptée par un grand nombre d’artistes activistes afin de dénoncer les dangers, les excès, les travers, les hypocrisies de telles ou telles actions politiques ou de tels ou tels principes idéologiques. Elle assure une plus grande autonomie de l’action artistique et semble éviter tout assujettissement au discours politique. Par contre, elle relègue au second plan l’impact de l’action artistique dans le domaine social et politique (en une sorte d’objectivation d’un statu quo politique et social).

Ces deux traditions contradictoires nourrissent, en se mêlant l’une l’autre, ce que l’on appelle l’activisme artistique contemporain dont l’analyse des productions révèle parfois l’ambiguïté des visées.

Prenant en compte la nécessité d’une approche mondiale du phénomène et l’exploration de ses formes et de ses concepts les plus divers, ce colloque entend apporter sa contribution à l’étude de l’activisme en arts depuis les années 1990.

La globalisation nous inviterait à ne plus nous contenter d’une conception nordatlantique de l’histoire de l’art. Mais pour nombre d’observateurs, ce monde dit unifié reste fortement divisé entre d’un côté les privilégiés et les « développés » et de l’autre les opprimés, « en développement ». Les croisements, les transferts, les interrelations entre art et politique, à l’oeuvre au sein de l’activisme artistique, peuvent trouver ainsi des colorations spécifiques en fonction de différents endroits du globe.

L’équipe organisatrice de ce colloque entend réunir des chercheurs de tous horizons afin de réfléchir ensemble aux diverses formes et conceptions de l’activisme en art :

  • Dans des aires culturelles autres qu’occidentales (Amérique centrale et latine, Asie, Afrique, Pacifique), souvent marginalisées dans les approches du phénomène.
  • Dans des productions artistiques développées dans les pays occidentaux, problématisant, en particulier, les zones marginalisées, l’immigration, l’altérité, l’identité diasporique.

Quelques thèmes, non exclusifs et présentés ici de manière non limitative, peuvent servir de fil conducteur à la préparation de ce colloque :

  • Les apports et les résistances vis-à-vis des « modèles » d’arts engagés occidentaux (bouleversant ou confortant les notions de « fonctionnalité » et de « dysfonctionnalité » du champ de l’art).
  • Les apports de combats politiques spécifiques à la construction et au développement d’un activisme en art.
  • Les héritages ou les survivances de luttes anticoloniales dans les manifestations d’un activisme artistique contemporain.
  • Les circulations « sud-sud » à l’origine de la construction et du développement d’activisme artistique dans diverses parties du monde.
  • Les contributions significatives de pratiques politiques ou/et artistiques et culturelles locales à la dynamique d’un activisme artistique.
  • L’apport du discours postcolonial dans le développement de formes spécifiques de l’activisme artistique.
  • Les phénomènes d’alignement (voire de récupération) des pratiques contestataires de l’activisme artistique sur les « industries culturelles » et les « économies créatives ».

Pour plus d’information, contacter Nicolas Nercam (nicolas.nercam@u-bordeauxmontaigne.fr) et Mathilde Bertrand (mathilde.bertrand@u-bordeaux-montaigne.fr).

Modalités de soumission :

Les propositions de communication, rédigées en anglais ou en français, doivent comprendre :

  • Le nom et email(s) de l’auteur ou des auteurs,
  • Les affiliations institutionnelles de l’auteur ou des auteurs,
  • Une présentation succincte de l’auteur ou des auteurs, de 200 mots maximum,
  • Le titre,
  • Un résumé d’une longueur de 500 mots maximum,
  • Une liste de 5 mots clés,
  • Une bibliographie essentielle,
  • L’engagement écrit et signé à s’acquitter des droits d’inscription de 20 euros, au cas où la proposition serait retenue.

Les propositions de communication devront être envoyées, au format pdf, avant le 9 décembre 2020, à Nicolas Nercam (nicolas.nercam@u-bordeaux-montaigne.fr) et Mathilde Bertrand (mathilde.bertrand@u-bordeaux-montaigne.fr).

Les propositions de communication seront examinées et sélectionnées par le comité scientifique du colloque.

Les communications, d’une durée de 20 minutes de temps de parole, seront suivies de 10 minutes de discussion. Elles seront tenues en français ou en anglais. Aucun service d’interprétariat ou de traduction ne pourra être fourni. (Les frais d’hébergement et de transport seront à la charge des participants)

Comité scientifique :

  • Nicolas Bautès (IFP-CEIAS)
  • Mathilde Bertrand (CLIMAS)
  • Cécile Croce (ADS-MICA)
  • Chrsitine Ithurbide (LabEX ICCA/CEIAS)
  • Bernard Lafargue (ADS-MICA)
  • Nicolas Nercam (ADS-MICA-CEIAS)

Comité d’organisation :

  • Mathilde Bertrand (CLIMAS)
  • Nicolas Nercam (ADS-MICA-CEIAS)

Bibliographie sommaire :

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