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Revue Française des Méthodes Visuelles n°5 – Images interactives et nouvelles écritures

Date/heure
29/03/2020

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La Revue Française des Méthodes Visuelles lance un appel à article pour son numéro 5

Images interactives et nouvelles écritures

Coordination : Jacques Ibanez Bueno et Alba Marin Carrillo

Téléchager l’appel à article

La Revue Française des Méthodes Visuelles, tout en reconnaissant la part prépondérante de la photographie et du cinéma dans l’évolution des pratiques de recherche, reste ouverte à d’autres types de méthodes (audio)visuelles. Et si les chercheurs peuvent se revendiquer de la sociologie visuelle ou de l’anthropologie visuelle, ils peuvent aussi s’inscrire dans d’autres disciplines, dans une institutionnalisation des disciplines ou sous-disciplines plus ou moins affirmée dans ce champ (PINK, 2003). Depuis The Nuer (1940) d’Edward EVANS-PRITCHARD et Balinese Character (1942) de Margaret MEAD et Gregory BATESON, la production photographique puis filmique (Jean ROUCH parmi les précurseurs) qui en résulte est reliée forcément à l’esthétique et à l’histoire de l’art visuel dans une relation complexe et souvent ambiguë. Le film documentaire, par exemple, s’insère dans l’histoire du cinéma et dans l’histoire des méthodes visuelles. Il est logique que le film documentaire soit perméable à l’introduction du numérique puis à sa quasi-généralisation qui va bien plus loin que l’abandon de la pellicule argentique par la création de nouveaux formats plus ou moins stables dans leur esthétique évolutive. Jacobo SUCARI, dans une classification du documentaire contemporain (2012), ajoute aux catégories habituelles « documentaire de tradition cinématographique » et « documentaire vidéo » quatre autres catégories qui illustrent les tensions entre cinéma et vidéo : 1) le documentaire dans un processus d’art contemporain, 2) le documentaire augmenté, 3) le documentaire transmédia et 4) le webdocumentaire. La porosité entre méthodes visuelles en sciences humaines et sociales et l’art cinématographique documentaire conduit forcément à la mise en place de méthodes qui s’inspirent de ce bouleversement rapide des formes par le numérique. C’est pourquoi, en lien avec le point 5 de l’Édito-Manifeste « Explorer les nouvelles expériences liées au numérique en exploitant pleinement les opportunités offertes par l’édition en ligne » (BOULDOIRES, REIX, 2017 & 2018), la Revue Française des Méthodes Visuelles propose, dans ce numéro 5, de mettre en lumière ces méthodologies impliquant les images dites « interactives », domaine riche bien qu’instable par la rapidité des innovations sociotechniques qui le traversent. Par l’utilisation de l’expression « images interactives » que nous préférons à l’interactive documentary (ASTON, GAUDENZI, ROSE, 2017) ou aux « interface-films » (DI CROSTA, 2009), nous souhaitons mieux saisir, dans leur diversité formelle, des méthodes visuelles produisant des dispositifs de recherche tels que du documentaire numérique mais aussi du jeu vidéo, du serious game, de l’installation immersive et performative en réalité virtuelle, augmentée ou mixte.

Au-delà de l’interactivité strictement computationnelle, l’interactivité proposée au spectateur est au cœur du dispositif, ce qui permet un parcours plus individualisé que dans le format de l’œuvre cinématographique avec sa linéarité. L’usager est véritablement inclus non seulement par l’interactivité induite mais aussi par la personnalisation, la participation et l’immersion. Cet usager peut co-construire le contenu comme, par exemple, par l’intégration d’une vidéo autoproduite mais dont l’insertion est prévue par le créateur du dispositif (Ex : webdocumentaire). Sans considérer que le spectateur de film classique est un spectateur passif avant, pendant et après la projection, avec les images interactives, le nouveau statut proposé est celui de « spect’acteur » ou d’ « interacteur » (PROULX, 1998). C’est le cas du mouvement panoramique du film documentaire imposé dans le défilement chronologique des images animées qui devient optionnel dans le cas de la réalité virtuelle à partir d’une captation avec une caméra 360 degrés. C’est pourquoi quatre éléments sont à prendre en compte dans les modalités méthodologiques : l’image (et le son), la technologie, les interactions usager/œuvre et l’expérience vécue (MARIN CARRILLO, 2019).

Bien que dans une acception large certains auteurs intègrent les méthodes visuelles dans les visual studies, la position épistémologique défendue ici ne privilégie pas des travaux de recherche où seraient seulement convoquées l’analyse de contenu ou la sémiotique d’un corpus de productions visuelles d’usagers en amont et indépendamment de la recherche (Ex : sémiotique appliquée à des images produites et diffusées sur un réseau social numérique tel Facebook lors d’une contestation sociale). L’image n’est pas considérée comme objet de recherche mais comme élément indispensable d’une pratique méthodologique de recherche (CHAUVIN, REIX, 2015). De même, dans une collaboration Arts et Sciences de plus en plus vantée par certaines institutions, la création visuelle ne peut se limiter à une mise en forme audiovisuelle telle une scénarisation de données de recherche (Ex : cartographie interactive de données scientifiques), de méthodologies non visuelles en sciences humaines et sociales ou dans les sciences de la matière. Dans cet appel à contribution, le visuel ne peut se limiter à un design visuel et interactif de la recherche dans un contexte de demande sociale accrue pour des modes plus attractifs de diffusion ou de vulgarisation de la recherche. Une captation d’images et de sons relative à un groupe social est indispensable sous l’autorité d’un chercheur avec sa liberté d’auteur créatif dans l’écriture, le montage et le design digital.

Cet appel à contributions invite les chercheuses et chercheurs à proposer des articles qui traitent de l’utilisation précise de méthodes visuelles se traduisant par des productions de recherche constituée d’images interactives (Ex : webdocumentaire de recherche ; dispositif immersif de recherche avec casques et écouteurs). La Revue Française des Méthodes Visuelles est également intéressée par des propositions de réflexion critique avec prise de recul épistémologique, tant dans la durée que dans la diversité des formes numériques qui se revendiquent des méthodes visuelles. C’est pourquoi, une liste non limitative d’axes de travail est proposée : statut de l’image interactive ; participation dans la recherche du sujet ou du groupe social étudié ; réception par l’usager de la production de recherche visuelle et interactive ; narration interactive ; entre esthétique interactive et design de la recherche ; l’expérience sensorielle dans les méthodes visuelles ; etc.

CALENDRIER

  • 29 février 2020 29 mars 2020 : Envoi des propositions d’articles sous forme d’un résumé de 1500 à 3000 signes, espaces compris précisant bien la question centrale, le cadrage théorique et/ou méthodologique, et la contribution de l’article aux méthodes visuelles, aux coordonnateurs du numéro : callrfmv@gmail.com
  • 10 avril 2020 : Sélection des propositions
  • 29 mai 2020 : Réception des articles pour évaluation

Consignes aux auteurs : https://rfmv.fr/ecrire-dans-la-revue/

REFERENCES

  • ASTON Judith, GAUDENZI Sandra, and ROSE Mandy (2017), I-Docs : The Evolving Practices of Interactive Documentary, Wallflower Press, New York.
  • BIELLA Peter (1993), « Beyond Ethnographic Film: Hypermedia and Scholarship », in Rollwagen, J. R. (ed.), Anthropological Film and Video in the 1990s, The Institute, Inc.
  • BOULDOIRES Alain, REIX Fabien (2017 & 2018), « Méthodes Visuelles, de quoi parle-t-on ? Images fixes, Images animées », N°1 & N°2, Revue Française des Méthodes Visuelles, MSHA, Bordeaux.
  • CHAUVIN Pierre-Marie, REIX Fabien (2015), « Sociologies visuelles. Histoire et pistes de recherche », L’Année sociologique, 2015/1 (Vol. 65), p. 15-41.
  • DI CROSTA Marida (2009), Entre cinéma et jeux vidéo l’interface-film : métanarration et interactivité, De Boeck, Bruxelles.
  • HARPER Douglas (2012), Visual Sociology, Routledge, London.
  • HOWARD Alan (1998), Hyper Media and the future of Ethnography, Cultural Anthropology, 3, p. 304-15.
  • IBANEZ BUENO Jacques, CHABERT Ghislaine, LAMBOUX-DURAND Alain, WANONO Nadine, Dir. (2017), Visual methods and digital worlds, CNRS, Universités La Laguna, Bourgogne Franche-Comté & Savoie Mont-Blanc, Cuadernos de Comunicacion, Tenerife.
  • MCDOUGALL David (2006), The corporeal image Film, ethnography, and the senses, Princeton University Press, New Jersey.
  • MARIN CARRILLO Alba (2019), Innovación tecnológica y formas de representación en el documental social. Desde los formatos interactivos hasta las experiencias inmersivas, Universidad de Sevilla & Université Savoie Mont-Blanc, Cotutelle de thèse de doctorat en communication.
  • PINK Sarah (2003), « Interdisciplinary agendas in visual research: re-situating visual anthropology », Visual Studies, Vol. 18, No. 2, p. 179-192.
  • PROULX Serge, BARDINI, Thierry, BELANGER Danielle (2000), « Des nouvelles de l’interacteur : phénomènes de convergence entre la télévision et Internet »,  Sociétés et Représentations, no. 9, Paris, p. 161-180.
  • REMILLETGilles, WANONO Nadine (2014), « Collaborative and Interactive Presentation: Tracks Of A Discipline Evolution », Anthrovision [Online].
  • SUCARI Jacobo (2012), El documental expandido: pantalla y espacio, Universitat oberta de catalunya, Barcelona.

Appel à contributions permanent

La Revue Française de Méthodes Visuelles est ouverte à tous et examinera systématiquement toutes les contributions s’inscrivant dans sa ligne éditoriale qui lui seront proposées dans les conditions d’évaluation scientifiques ordinaires pour les rubriques Varia, Perspectives et Alternatives.


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