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Séminaire axe ADS : Anthropotechniques de l’auto-design – Cycle 2 – Séance 4
Andy Gilmore, "Gold Panda" : www.agilmore.com

Date/heure
15/02/2017
14 h 30 - 17 h 30

Emplacement
la MSHA - salle 2

Catégories


Séminaire de l’axe ADS : figures de l’urbanité (2015-2017)

Anthropotechniques de l’auto-design – Cycle 2 – Séance 4

Sous la responsabilité de Bernard Lafargue et Thomas Brunel


Mercredi 15 Février 2017 – 14h30-17H30 – MSHA, Pessac

intervenants

Odyssées de l’espace et habitation du monde : l’architecture comme anthropotechnique

Par Marion Roussel, Docteur en Architecture et chercheuse associée à l’EA 3625 TEC (Techniques et Enjeux du Corps)

Dans la trilogie Sphères, le philosophe allemand Peter Sloterdijk engage un ambitieux projet : penser le devenir humain à partir de la question de l’habitation. Cette intervention propose, sous les auspices d’une lecture des Sphères et plus particulièrement à partir des notions d’« explicitation de l’habitation », d’examiner l’architecture de ces soixante dernières années et les figures du devenir qui la peuplent. De manière frappante, les dispositifs architecturaux, de plus en plus techniques et proches du corps, intégrant l’imaginaire de la conquête spatiale, les développements de la cybernétique, des technologies de l’information et la communication, et plus récemment des biotechnologies, se sont mués en stations, capsules, costumes, casques ou prothèses, comme autant d’enveloppes protectrices permettant l’exploration et l’immersion dans l’hostilité urbaine, les méandres du cyberespace ou le vide spatial. Ces figures du devenir humain suggèrent un déracinement, une étrangeté au monde. Mais n’est-ce pas plus encore une étrangeté de l’homme à lui-même qui est dépeinte ?

Docteur en Architecture et chercheuse associée à l’EA 3625 TEC (Techniques et Enjeux du Corps) de Paris Descartes, MARION Roussel s’interroge sur les écologies spatio-corporelles et les milieux immergeants, ainsi que sur les écologies numériques et bionumériques, l’intelligence artificielle, la vie artificielle et la biologie de synthèse appliquées au design et à l’architecture.

Introduction à l’émersiologie

Par Johann Chateau-Canguilhem, Docteur en Esthétique

En écho aux inquiétudes post-humaines de la fin du siècle dernier, qui redoutaient l’effacement du corps face à la biotechnique et le déplacement du vécu vers la simulation numérique1, les expériences immersives n’indiquent pas la limite du corps physique mais l’épreuve de sa profondeur2. Qu’il s’agisse de drogue, de sexe, d’anorexie, de virtuel, de prothèse, ou encore de musique, la considération du vécu dans le corps en acte fait entrer le corps dans une perception dynamique de son intériorité3. L’émersiologie de Bernard Andrieu, projet philosophique, anthropologique, clinique et esthétique, inscrit l’immersion dans la continuité de la phénoménologie, qu’il rapproche de la neurobiologie, de l’écologie et des arts immersifs, afin d’évaluer, et peut-être faire évoluer, notre schéma corporel et notre rapport au monde.

Après une présentation des travaux de Bernard Andrieu et l’exposition de sa typologie (interaction, hybridation, imsertion, osmose, extase, symbiose, vertige), nous aborderons le sujet sous deux angles : esthétique, avec Rome, Naples et Florence de Stendhal, la Deuxième lettre à M. de Malesherbes de Rousseau et Le Visible et l’Invisible de Merleau-Ponty, et plastique, avec ORLAN, Art Orienté Objet, Soizic Hess, Electric Shadow et Sylvie Chartrand.

1 David Le Breton, L’Adieu au corps, Editions Métailié, 2013 ; FUKUYAMA Francis, La Fin de l’homme, Folio, 2004.

2 Bernard Andrieu, Anaïs Bernard, Manifeste des arts immersifs, PUN, 2014, p.6.

3 Bernard Andrieu(sous la direction de), Arts Immersifs, dispositifs & expériences, Figures de l’Art 26, PUPPA, 2014.

Johann Chateau-Canguilhem est docteur en esthétique, affilié au laboratoire MICA (EA 4426) à l’Université Bordeaux Montaigne. Ses travaux portent sur les pratiques et les représentations du corps virtuel.

Thème 2015-2017 : Anthropotechniques de l’auto-design – Second cycle

Problématique

Dans notre monde de l’art, qui a succédé à celui de l’idéologie, le souci esthétique de soi est devenu le souci fondamental. Il a pris la forme de « l’auto-design ». Pour le pire comme pour le meilleur. Le pire lorsque ses artistes-designers phares prennent la place du philosophe-roi de La République et de ses mille épigones pour mettre en œuvre un « design total » habile à drainer le désir de servitude volontaire de « l’homme-pluvier » du Philèbe, comme le craint une lignée de penseurs, de Marx à Stiegler en passant par Loos ou Foster. Le meilleur comme l’espère une autre lignée, qui va de Nietzsche à Sloterdijk en passant par Michaud, Groys ou Shusterman, lorsqu’ils suscitent en tout un chacun le désir de designer sa propre existence pour ajouter l’exotisme de la petite touche de son auto-design au « design global » de la sculpture sociale du monde de l’art. Ce n’est que dans cette dernière perspective, sociale, éthique, politique et écosophique, que le fameux vœu de William Morris: « être beau de corps, de cœur et d’esprit en travaillant de conserve avec ses concitoyens dans un bel environnement » pourrait se réaliser.


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