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Journée d’étude – Le document, parent pauvre de la donnée

Date/heure
21/06/2019
9 h 00 - 17 h 00

Emplacement
la MSHA

Catégories


Le groupe régional Aquitaine et l’Association des archivistes français, en partenariat avec l’axe E3D du MICA vous invite à leur journée d’étude

Le document, parent pauvre de la donnée

L’archivage à l’âge du numérique

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« Il n’y aura de science sociale, à mon sens, que dans une réconciliation, une pratique simultanée de nos divers métiers. Les dresser l’un contre l’autre, chose facile, mais cette dispute se joue sur de bien vieux airs. C’est d’une musique nouvelle que nous avons besoin »

Fernand BRAUDEL, chapitre IV de l’Introduction du Traité de sociologie, publié sous la direction de Georges Gurvitch, Paris, PUF, 2 vol., 516 et 466 p., in-8° ; 1ère édition 1958-1960, 3e édition, 1967-1968 [repris dans : Ecrits sur l’Histoire, Paris, Champs Flammarion, 1969, p. 120-121].

Interrogeons-nous, collectivement, sur les jeux d’échelle possibles dans l’abord présent des fonds d’archives et des documents disponibles, compte tenu de deux phénomènes distincts : une informatisation des inventaires qui a commencé en France dans les années 1980 et une mise en ligne des images d’une partie des originaux eux-mêmes dans les fonds qui a, dès les années 1990, représenté une autre évolution majeure. Cette évolution impressionnante, qui conduit à évoquer un « âge numérique », ne recouvrait pas, et de loin, la totalité d’un matériau accumulé depuis plus de deux siècles dans le réseau national des archives, avec une continuité permise par la forme des institutions françaises et l’extraordinaire densité de la production, dans ce pays, des archives.

De même que dans l’environnement écrit de la production des archives – institutionnel, administratif, judiciaire ou privé – une première transformation / sélection est opérée par les producteurs eux-mêmes de cette masse immense de documents, l’opération de leur collecte et de leur classement pour mise à disposition introduit elle aussi de profondes modifications.  Et toutes ces modifications affectent un matériau qui demeure lui-même, aujourd’hui, une partie immergée dans les dépôts, atteignable seulement en salle de lecture du fait que la numérisation n’est pas à l’échelle des masses conservées (et toujours en expansion), de l' »iceberg » des fonds et documents d’archives effectivement disponibles (on line et off line) du Moyen Age à nos jours.

L’opération historiographique à son tour, comme la plus modeste des recherches d’érudition locale ou de généalogie personnelle se constitue elle-même par un choix dans cet ensemble, un déplacement, une série de découvertes d’éléments neufs au milieu de l’ensemble, puis une restitution philologique du matériau à chaque fois sélectionné et surtout une critique. Celle-ci constitue le soubassement d’un récit toujours renouvelé où se mêlent depuis longtemps d’autres documents que ceux des archives (le paysage et son évolution, les faits de langue, les restes archéologiques …).

L’empirisme et le positivisme avaient rêvé dès le XIXe siècle d’une mise en oeuvre exhaustive des documents, porteurs d’un paysage historique simplement observé puis finalement complètement décrit, un jour ou l’autre, par des savants capables de s’effacer eux-mêmes devant le « résultat » de leur travail. Cette vision qui fut celle de Langlois et Seignobos dans leur Introduction aux études historiques (1898) évoque aujourd’hui l’acception empirique de « résultats » de requêtes dans les bases de données, d’une recherche qui ne trouverait que ce qu’elle a tout d’abord cherché alors qu’elle ne fait très fréquemment, en archives, que chercher le sens de ce qu’elle a trouvé, au long des cartons et des registres.

Nous savons bien aujourd’hui, en outre, que l’effort critique n’est vraiment fécond qu’à condition qu’il accepte le caractère nécessairement lacunaire de tout corpus obtenu par la recherche au milieu de ce qui est disponible, dans les fonds mêmes et de manière nécessairement plus restreinte, dans les images d’archives en ligne.

Pour se mouvoir des ensembles qu’il aperçoit aux détails des documents où il replonge sans cesse, détails qui parfois ne s’annexent pas mais dérangent, comme l’écrit Arlette Farge, parce qu’ils représentent les écarts et la singularité de chaque vie humaine), le chercheur d’aujourd’hui manque peut-être souvent, en ligne, d’une vue plus claire de l’échelle du fonds. Cette réalité familière à l’archiviste est à la fois floue dans ses contours et vivace dans sa matérialité. Jamais totalement en ligne par définition puisque souvent encore « ouvert », susceptible de compléments à collecter, qui parfois l’expliquent, ou « virtuel » lui-même bien que tout à fait matériel, par défaut de classement et d’identification, le fonds pose comme le document lui-même des problèmes à la fois théoriques (sa définition) et pratiques.

Son traitement s’inscrit dans une historicité qui redouble celle de la production elle-même des documents qu’il comporte, et celle des multiples aventures qu’il traverse dans le temps long, depuis sa production, jusqu’à son éventuel dépouillement.

En ce sens, l’abord du fonds et celui du document ne sont jamais complets avec les seules ressources d’une indexation au sein d’un web sémantique qui parfois font écran à leur matérialité et à sa perception par le public.


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