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You are currently viewing Comprendre et réparer le monde – Astasa #7

Date/heure
15/09/2026

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Comprendre et réparer le monde

Astasa #7

sous la direction de Cécile Croce et Marie-Laure Desjardins


L'oeuvre Planètes de Momoko Seto au Festival international des jardins 2026, Domaine de Chaumont-sur-Loire. © Photo MLD. L'oeuvre présente un rocher sphérique couvert de mousses naturelles de différentes couleurs
Planètes, Momoko Seto, Festival international des jardins 2026, Domaine de Chaumont-sur-Loire. © Photo MLD

Nous vivons dans un monde en crise : conflits territoriaux et sociaux, déplacements de populations, bouleversements climatiques, effondrement de la biodiversité, pandémies, accélération des innovations technologiques et de leurs usages, transformations profondes des milieux de vie et des activités humaines. Face à ces situations, le terme de « réparation » s’est progressivement imposé dans les discours politiques, scientifiques et artistiques. Mais que signifie réellement « réparer » ? Peut-on réparer un écosystème, un corps, une mémoire, une relation, un territoire ou un imaginaire ? Et surtout, peut-on réparer ce que l’on ne comprend pas ?

Loin de constituer deux opérations distinctes, comprendre et réparer entretiennent des liens profonds. Étymologiquement, comprendre signifie « prendre avec soi » : accueillir, relier, saisir ensemble ce qui peut sembler dispersé. La connaissance n’apparaît alors plus comme une simple accumulation de savoirs, mais comme une manière d’entrer en relation avec le monde. Encore faut-il reconnaître que cette connaissance possède elle-même des conditions, des normes, des angles morts et des limites.

À cet égard, les pratiques artistiques développées à l’intersection des sciences et des technologies occupent une place singulière. Elles ne se contentent ni d’illustrer les découvertes scientifiques ni d’accompagner les innovations technologiques. Elles élaborent d’autres modes d’investigation, rendent perceptibles des phénomènes invisibles, mettent en crise des modèles établis, expérimentent de nouvelles formes d’attention au vivant comme à l’univers et ouvrent parfois des voies inédites vers une meilleure compréhension du réel.

Le prochain appel à contributions d’ASTASA propose d’interroger les relations entre connaissance et réparation. Comment les collaborations entre artistes, scientifiques et ingénieurs transforment-elles notre manière d’approcher le monde ? Dans quelles conditions la production de connaissances devient-elle une manière de prendre soin ? Les technologies peuvent-elles contribuer à réparer, ou déplacent-elles seulement les problèmes ? L’art est-il une forme de connaissance capable de renouveler notre rapport au vivant et à nos contemporains ?

Si les sciences nous permettent d’expliquer le monde et les technologies d’agir sur lui, les arts nous apprennent peut-être à mieux le comprendre. C’est sans doute de cette compréhension renouvelée que dépend aujourd’hui une part importante de cette fameuse « réparation » que tant de communautés appellent de leurs vœux.

Axe 1. Comprendre le monde : l’art comme production de connaissances

Avant de réparer, encore faut-il comprendre. Or la connaissance ne relève pas exclusivement des sciences. Depuis toujours, les pratiques artistiques inventent d’autres manières d’observer, de rendre visible, de formuler des hypothèses ou d’explorer les relations entre les êtres, les milieux et les techniques. Les collaborations entre artistes, scientifiques et ingénieurs déplacent aujourd’hui les frontières traditionnelles de la connaissance : visualisations de données, bio-art, art environnemental, dispositifs immersifs, intelligence artificielle ou recherche-création ouvrent autant de voies nouvelles pour appréhender le réel.

Cet axe invite à interroger les formes de connaissance produites par les pratiques artistiques. Comment une œuvre participe-t-elle à l’élaboration de savoirs ? Quels phénomènes rend-elle perceptibles ? Comment les technologies transforment-elles les capacités heuristiques de l’art et renouvellent-elles les modalités de la connaissance esthétique ?

Axe 2. Réparer le monde : l’art comme stratège

Réparer ne consiste pas nécessairement à restaurer un état antérieur. Les bouleversements écologiques, technologiques ou sociaux rendent souvent impossible, voire inutile, tout retour en arrière. Dès lors, réparer peut signifier accompagner des transformations, prendre soin de milieux fragilisés, relever une attention aux équilibres précaires, retisser des relations altérées ou inventer de nouvelles formes de coexistence. Les pratiques artistiques contemporaines explorent ces multiples modalités de la réparation, qu’elles concernent le vivant, les corps, les mémoires ou les territoires. À travers des œuvres collaboratives, des dispositifs participatifs, des installations écologiques ou des pratiques artistiques expérimentales impliquant les sciences et les technologies, l’art apparaît moins comme un instrument thérapeutique que comme un espace où s’élaborent de nouvelles manières d’appréhender les crises contemporaines.

Cet axe propose ainsi d’interroger ce que signifie aujourd’hui « réparer » avec l’art, sans réduire cette notion à la restauration, à la conservation ou à la guérison.

Axe 3. Arts, sciences et technologies : vers une nouvelle écologie de la connaissance

Les collaborations entre arts, sciences et technologies ne se limitent plus à des transferts de méthodes ou d’outils. Elles donnent naissance à de véritables espaces de coproduction des savoirs où se rencontrent différentes manières d’observer, de modéliser, d’expérimenter et d’interpréter le monde. Ces pratiques hybrides soulèvent cependant de nombreuses questions épistémologiques et éthiques. Comment articuler les régimes de vérité propres aux sciences avec les formes de connaissance produites par les œuvres ? Les technologies numériques, les intelligences artificielles ou les biotechnologies modifient-elles notre manière de comprendre autant que de représenter le monde ? Dans quelle mesure l’expérience esthétique permet-elle de mettre en évidence les limites des modèles scientifiques eux-mêmes, leurs présupposés, leurs angles morts ou leurs conditions de validité ? Inversement, comment les approches scientifiques, y compris en sciences humaines et sociales, opèrent-elles, de concert avec l’art, une réparation du monde ?

Cet axe invite à réfléchir à une écologie de la connaissance fondée sur le dialogue entre les pratiques artistiques, les sciences et les technologies. Il s’agira d’interroger la manière dont ces différents régimes de savoir peuvent se compléter, se déplacer ou se transformer mutuellement, et d’examiner leur capacité à renouveler notre compréhension du monde ainsi que, peut-être, notre manière d’en prendre soin.

Modalités de proposition

Les personnes souhaitant soumettre un article (comptant autour de 25 000 signes – à 5 000 signes près –, espaces comprises) sont invitées à envoyer un résumé (de 250 mots) et une courte biographie (de 150 mots) conjointement à cecile.croce@iut.u-bordeaux-montaigne.fr et mldesjardins@artshebdomedias.com

Les propositions peuvent être soumises jusqu’au 15 septembre 2026.

Une réponse sera donnée rapidement.

Les dates de remise des textes sont fixées au 30 octobre 2026, 5 janvier 2027, 7 avril 2027 et 8 juin 2027. Elles correspondent à des publications en décembre 2026, mars 2027, juin 2027 et septembre 2027. Merci aux auteurs d’indiquer leur préférence dans leur e-mail.

Bibliographie

  • COUCHOT Edmond (1998), La Technologie dans l’art. De la photographie à la réalité virtuelle, Nîmes, Jacqueline Chambon.
  • DESPRET Vinciane (2021), Autobiographie d’un poulpe et autres récits d’anticipation, Arles, Actes Sud.
  • DEWEY John (2010), L’Art comme expérience (1934), traduction dirigée par Jean-Pierre Cometti, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais ».
  • DIDI-HUBERMAN Georges (1992), Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Paris, Les Éditions de Minuit.
  • GERMANOS BESSON Dina et HILLAIRE Norbert (2025), Abécédaire de la réparation, Paris, Nouvelles Éditions Scala.
  • GOODMAN Nelson (1990), Langages de l’art. Une approche de la théorie des symboles (1968), Nîmes, Jacqueline Chambon.
  • HARAWAY Donna J. (2020), Vivre avec le trouble (2016), traduction de Vivien García, Vaulx-en-Velin, Les Éditions des mondes à faire.
  • HILLAIRE Norbert (2019), La Réparation dans l’art, Paris, Nouvelles Éditions Scala.
  • MANOVICH Lev (2010), Le Langage des nouveaux médias (2001), traduction de Richard Crevier, Dijon, Les Presses du réel.
  • MERLEAU-PONTY Maurice (1964), L’Œil et l’Esprit, Paris, Gallimard.
  • MORIZOT Baptiste (2020), Manières d’être vivant. Enquêtes sur la vie à travers nous, Arles, Actes Sud.
  • SIMONDON Gilbert (2012), Du mode d’existence des objets techniques (1958), Paris, Aubier.
  • SOUSA SANTOS Boaventura de (2016), Épistémologies du Sud. Mouvements citoyens et polémique sur la science, Paris, Desclée de Brouwer.
  • STENGERS Isabelle (2013), Une autre science est possible ! Manifeste pour un ralentissement des sciences, Paris, La Découverte.
  • STENGERS Isabelle (2019), Résister au désastre, Marseille, Wildproject.