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Astasa – L’art face à la pandémie

Date/heure
26/06/2020

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Dans le contexte mondial de la pandémie de Covid-19, qui remet en cause nos organisations sociales, sanitaires, économiques, nationales et transnationales et qui bouleverse nos repères culturels, quels rôles, éventuellement nouveaux, l’art pourrait-il jouer ? La dimension planétaire de cette catastrophe sanitaire – qui a induit un effondrement de nos économies, la fragmentation de nos liens sociaux et des centaines de milliers de morts – nous invite à requestionner les pratiques artistiques. Elle interroge peut-être même la conception de l’art, en particulier en ses interactions avec la science, tant du point de vue de sa recherche formelle, de sa dimension critique, de sa finalité écologique, éthique, thérapeutique, que de ses modes de diffusion. S’il faut « apprendre à vivre avec le virus », dans quelle mesure et sous quelles formes l’art saurait-il accompagner les citoyens dans cet apprentissage ? Notre appel à contributions vise à réunir un ensemble transdisciplinaire de textes tentant de repenser les rapports fondamentaux entre art et société, lorsque l’art interfère avec la science et avec la technologie dans un contexte de pandémie.

Axes de questionnement
Nous souhaitons aborder ainsi plusieurs problématiques.

Axe 1 : que nous dit l’art de la pandémie ?

L’art, peut-être, permet de penser la pandémie, de la réfléchir, d’en révéler quelques effets sur nos modes de vivre-ensemble ou d’en dévoiler des caractéristiques sur ce qui faisait (ou non) jusque-là société. Telle réflexion est menée par de nombreux penseurs et scientifiques. Il s’agit par exemple :

  • D’une analyse émanant des philosophes, anthropologues, sociologues, psychologues, sur l’image planétaire du monde face à nos enracinements individuels et nos liens sociaux, nos rapports à la nature, le sens de l’aventure humaine.
  • D’un questionnement sur la recherche médicale en infectiologie, en virologie, et sur les outils techniques (fabrication de respirateurs, etc.) face à la pandémie.
  • D’une évaluation des problématiques sociales apparues avec un confinement de longue durée (détresses, violences, ennui ordinaire) et, conséquemment, des modalités nouvelles de communication à distance, numérique, en ce qui concerne l’éducation, la formation, la téléconsultation, la création, la socialisation, la recherche… Seront ainsi favorisés le télétravail, les plates-formes collaboratives.

Or, comme le développe Hervé Fischer dans son article « Epistémologie de la théorie et de la pratique artistique », l’art et la recherche ont plus d’un terrain en commun, qu’il s’agisse des « artistes savants qui explorent les sciences cognitives, la biotique, la génétique, les neurosciences, voire la mécanique quantique », des « artistes-chercheurs » ou de ces « chercheurs pas comme les autres », terrain propre à explorer les mythes et les illusions de notre civilisation. Au croisement de l’art et de la recherche, dans son article « Les somatechnies : vers une dismose émersive », Bernard Andrieu relève combien, avec les technologies, se met en place l’agentivité du vivant, dans un processus d’« écologisation du vivant » ; tandis que Cécile Croce, dans son article « Art, science et technologie : un trio trop parfait », relève les ruses de l’art « qui échappe, en ses créations inédites, aux domaines qu’il fait mine d’épouser, déjouant sans doute leurs enjeux de pouvoir ».

Que nous disent les artistes de ces interrogations des scientifiques en cette période de crise ? Si l’art est un sismographe de son époque, que nous apprennent-ils de ces mutations ? L’art démontre-t-il qu’il est devenu une pratique de recherche ?

Axe 2 : des pratiques artistiques nouvelles sont-elles initiées durant la pandémie ?

Bien avant la pandémie, l’usage des nouvelles technologies a modifié les pratiques artistiques, leurs réceptions et sans doute la conception même de l’art ouvrant un monde en profondeur, comme le montre Francesca Caruana dans son article « L’art numérique ou la science au service de l’oeuvre ». Cet usage a opéré sans doute une mutation de l’humain et de son monde, selon ce que Bernard Lafargue nomme un « devenir-cyborg » dans son article « La morale éclairée des cyborgs ». Ainsi éclôt une nouvelle esthétique, fondée parfois sur « des instruments et des procédés » que l’un (l’art) emprunte à l’autre (la science), comme le précise Michel Jeandin dans son interview « S’attarder en surface », et dont Thierry Pozzo repère le processus dans les va-et-vient entre art et science, dans son article « Science de l’art et art de la science ». La gestion de la pandémie a conduit à la mise à distance des individus et au temps de confinement, qui a vu apparaître par exemple : permettant de partager des gestes de solidarité sociale, des orchestrations musicales, diverses formes d’humour.

  • Différentes modalités de multiplication des expositions et des visites virtuelles, des concerts à distance, des initiatives de déconfinement culturel.
  • La constitution de regroupements d’artistes pour innover dans le domaine de la monstration, de la diffusion, voire de la vente, de leurs oeuvres d’art.
  • La réaction des artistes face à l’obligation de créer avec ce qu’ils ont à leur disposition : outils et matériaux disponibles, horizons accessibles…

Des pratiques nouvelles sont-elles nées durant la période de confinement ?
Comment les créateurs ont-ils réagi au manque de moyens, de liberté ?
Le confinement et ses prolongements vont-ils déclencher une profonde réflexion sur l’écologie en art ? Peut-on croire en une appropriation amplifiée, créatrice et durable des outils de l’ère numérique ?

Axe 3 : la pandémie fait-elle de l’art un langage social ?

La crise traversée avec la pandémie et sa gestion ont vu l’émergence de violences de divers ordres, qui pourraient être interprétées de différentes façons : comme prolongement, amplification, révélation, modification, mutation, bifurcation de l’existant, par exemple :

  • Le développement de la violence à domicile (confinement + précarité), notamment vis-à-vis des femmes. Peut-on parler d’anomie, de pathologie sociale ?
  • Le développement de la violence dans l’espace public, induite par le confinement. Comment cette violence s’est-elle déplacée (exemple : moins d’accidents de la route, mais plus de retraits de permis) ? Comment le tissu social résiste-t-il à cette brisure des liens traditionnels organiques de convivialité ? A-t-on observé de nouvelles formes de solidarité sociale ?
  • Le développement des attitudes et des faits délictueux sur Internet (cybercriminalité, cybermalveillance, cyberharcèlement) : faux sites, phishing, logiciels malveillants, arnaques, etc. Comment la crise du Covid-19 a-t-elle favorisé la délinquance sur le Web ? Comment les individus, les entreprises et les responsables des réseaux sociaux ont-ils endigué ces délits, voire pris de nouvelles initiatives durables ?
  • Le développement des peurs, rumeurs et fake news sur les réseaux sociaux. Peut-on constater un progrès des capacités critiques d’évaluation citoyenne ?

Dans son article « L’espace public 2.0 : des “Tulipes” de Jeff Koons au coronavirus », Marc Jimenez soulève, d’après Jürgen Habermas, la « redoutable forme d’assujettissement et de surveillance » qui caractérise la « prédominance du système sur le monde vécu ». L’art tient pourtant à ce vécu sensible, comme le montre Roland Salesse dans son article « À la découverte du théâtre olfactif ». Puis le déferlement des affects sous l’emprise des dérives fantasmatiques grossit les peurs et angoisses liées à la pandémie, souvent appuyées sur la science : la collapsologie fait retour, la zoonose est remise à l’étude. L’art accompagne, contredit, interroge les violences en jeu, parfois sans doute de façon très indirecte, en réinvestissant la dimension culturelle en question. Telle fonction sociale de l’art pourrait interagir avec une certaine tendance contemporaine du marché à réduire l’art à un produit financier de spéculation, voire à une valeur refuge.

Peut-on considérer que la gravité de la pandémie a renforcé le rôle de l’art comme langage social multidisciplinaire, créateur, intégrateur, critique, thérapeutique, éthique, en phase avec l’actualité des enjeux politiques, économiques, sanitaires, qui sont nouveaux et aigus ? Quel est son rôle dans les nouvelles dispositions des relations sociales et des fonctionnements économiques qui se dessinent avec la gestion de la pandémie ?

Modalités de proposition

Les personnes souhaitant soumettre un article (comptant entre 10 000 et 30 000 signes) sont invitées à envoyer un résumé (de 250 mots) et une courte biographie (de 150 mots) conjointement à cecile.croce@iut.u-bordeaux-montaigne.fr et mldesjardins@artshebdomedias.com

Les propositions doivent être soumises avant le 26 juin 2020 au plus tard.

Une réponse sera donnée début juillet.
Les dates de remise des textes sont fixées au 30 septembre 2020, 31 décembre 2020, 31 mars et 31 mai 2021. Elles correspondent à des publications en novembre 2020, février, mai et juillet 2021. Merci aux auteurs d’indiquer dans leur mail leur préférence.

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En savoir plus sur Astasa

  • Faire avancer la recherche aux intersections de l’art et de la science, de l’art et de la technologie
  • Soutenir une publication de qualité pour un accès gratuit et ouvert à toutes et tous
  • Contribuer à la dimension transversale de l’actualité de l’information et de la recherche universitaire
  • Permettre de mieux comprendre la création contemporaine en lien avec les technologies et les sciences

LES CARACTÉRISTIQUES D’ASTASA

Astasa est une revue numérique d’esthétique consacrée aux relations entre arts, sciences et technologies, aux oeuvres qui se créent à l’intersection de ces trois domaines. Astasa se tient au plus près de l’actualité des arts technologiques et technoscientifiques, dont elle estime les enjeux esthétiques, aisthésiques, poïétiques, sociaux et politiques.

Astasa est une revue scientifique dont les articles sont sélectionnés et validés par son comité scientifique, Astasa accueille les textes de chercheurs, enseignants-chercheurs, docteurs, doctorants, et est attentive à leur qualité et à leur portée heuristique.

Astasa mise sur la transdisciplinarité. Ouverte aux chercheurs et artistes-chercheurs de tous horizons concernés par le champ des croisements entre arts, sciences et technologies, la revue offre un espace de rencontre à des approches scientifiques et leurs modes de pensées différents.

Astasa s’intéresse aux formes artistiques contemporaines et à l’actualité de l’art et de ses modalités de présentation, d’exposition, de transmission, de diffusion, de transformation. Elle peut ainsi tirer parti, notamment, des actualités repérées dans ArtsHebdoMédias.

Astasa s’intéresse aux bioart, net art, mobile art, cyber art et aussi à l’art transgénique, sans exclusivité ; mais aussi à l’engagement des arts dans les enjeux d’une nouvelle circulation des savoirs entre arts, sciences humaines, sciences techniques et sciences naturelles.

Astasa réunit un comité scientifique (comité de lecture) international composé actuellement de quatorze membres issus de disciplines différentes, tous ayant un rapport très singulier avec le périmètre d’Astasa. Parmi eux des spécialistes en art mais aussi des scientifiques.

Astasa est consultable sous la forme d’un site web. Un choix nécessaire et adapté à ses ambitions. La suppression des habituelles contraintes de temps et d’espace permet de rendre plus souple et imaginative la manière de porter à la connaissance du monde universitaire, et au-delà, les travaux des chercheurs en Arts & Sciences. Le rythme des publications d’Astasa suit les saisons à raison d’une vingtaine d’articles par an accessibles grâce à Internet.

Astasa est adossée au MICA, Université Bordeaux Montaigne (Cécile Croce, directrice adjointe du MICA), et associée à un éditeur (SCML Médias, éditeur d’ArtsHebdoMédias, Marie-Laure Desjardins, directrice des publications).

CONTACTS

Cécile Croce : cecile.croce@iut.u-bordeaux-montaigne.fr
Marie-Laure Desjardins : 06 60 11 73 35 – mldesjardins@artshebdomedias.com


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