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Date/heure
01/10/2026

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L’IA et les savoirs : vers une autre gouvernance, souveraineté et analyse critique

Appel à contributions – Revue Communication, technologies et développement

Numéro coordonné par Elizabeth Gardère


Penser le rapport à l’intelligence artificielle et aux technologies numériques en matière de pouvoirs, de résistances et d’innovation consiste à s’interroger sur les transformations profondes des modes de gouvernance, de la circulation des savoirs et de la souveraineté des données. L’IA ne constitue pas seulement une rupture technologique ; elle participe à une reconfiguration des rapports sociaux, économiques et politiques qui structurent les sociétés contemporaines.

Cette réflexion considère les savoirs et les technologies comme des instruments de pouvoir. Michel Foucault rappelait que « le pouvoir et le savoir s’impliquent directement l’un l’autre » (Surveiller et punir, 1975). Les systèmes d’intelligence artificielle illustrent cette articulation en produisant de nouvelles formes de connaissance à partir des données tout en renforçant des capacités inédites de surveillance, de prédiction et d'orientation des comportements.

Les mutations de la gouvernance constituent un premier enjeu majeur. L’essor des plateformes numériques et des infrastructures algorithmiques conduit à un déplacement des centres de décision vers des acteurs privés capables de contrôler les données, les modèles et les architectures techniques. Comme le souligne Shoshana Zuboff dans The Age of Surveillance Capitalism (2019), nous assistons à l’émergence d'un « capitalisme de surveillance » fondé sur l'extraction et la valorisation des données comportementales. Cette évolution interroge les principes de transparence, de responsabilité et de contrôle démocratique des technologies.

La circulation des savoirs connaît également des transformations profondes. Manuel Castells a montré que les sociétés contemporaines s’organisent autour de réseaux informationnels où la production et la diffusion des connaissances deviennent des ressources stratégiques (The Rise of the Network Society, 1996). L’IA accélère cette dynamique en automatisant certaines activités intellectuelles et en facilitant l’accès à l'information. Toutefois, comme le rappelle Bruno Latour, les savoirs ne sont jamais de simples données ; ils résultent de processus de médiation, de validation et de négociation au sein de collectifs humains (Science in Action, 1987). Dès lors, la question de la confiance, des biais algorithmiques et de la qualité des connaissances produites devient centrale.

Enfin, la souveraineté des données apparaît comme l’un des défis stratégiques du XXIᵉ siècle. Dans une économie où les données sont souvent présentées comme le « nouveau pétrole », leur maîtrise conditionne la capacité d'action des États, des entreprises et des citoyens. Benjamin Bratton souligne que les infrastructures numériques constituent désormais une forme de géopolitique distribuée, où le pouvoir se joue à travers les couches techniques qui organisent les flux d'information (The Stack, 2016). Dans le même esprit, Antoinette Rouvroy met en évidence les risques d'une « gouvernementalité algorithmique » susceptible de contourner les mécanismes traditionnels de délibération et de décision démocratiques.

Ainsi, analyser l’IA à travers les prismes du pouvoir, des résistances et de l’innovation revient à questionner les conditions d’émergence d’une gouvernance numérique capable de concilier efficacité technologique, justice sociale et autonomie collective. Comme l’affirme le philosophe Bernard Stiegler, la technique est toujours un « pharmakon » : à la fois remède et poison. L’enjeu n’est donc pas seulement de développer l’intelligence artificielle, mais de déterminer collectivement les finalités politiques, sociales et éthiques auxquelles elle doit être mise au service. L’intelligence artificielle ne peut donc être pensée uniquement comme un instrument de progrès ou comme une menace ; elle doit être appréhendée dans son ambivalence, à travers les effets d’émancipation et les formes de dépendance qu’elle produit.

Cet appel interroge la manière dont les technologies numériques et l’intelligence artificielle transforment les régimes contemporains de gouvernance, les modalités de production et de circulation des savoirs, ainsi que les conditions de maîtrise, de protection et de valorisation des données. L’appel à communication rappelle que les technologies numériques ne sont jamais neutres : elles incorporent des modèles culturels, des cadres cognitifs, des normes sociales et des rapports de pouvoir qui peuvent favoriser l’innovation et la participation, mais aussi produire dépendances, exclusions et formes renouvelées de domination.

Les articles attendus pourront analyser les tensions entre, d’une part, les promesses d’ouverture, d’efficacité, de participation et de démocratisation associées à l’IA et aux infrastructures numériques ; et d’autre part, les risques d’invisibilisation des savoirs locaux, de marginalisation linguistique, de colonialité des données, de concentration des plateformes, de surveillance algorithmique ou de dépendance technologique.

Les articles pourront s’inscrire dans des approches théoriques, empiriques ou critiques. Les études de cas, les analyses comparatives, les recherches de terrain, les analyses de discours institutionnels, les travaux portant sur les infrastructures numériques ou les propositions conceptuelles sont bienvenus. Les contributions sont invitées à dépasser une lecture strictement technique de l’IA pour interroger ses effets politiques, sociaux, culturels, organisationnels et épistémiques.

Une attention particulière sera accordée aux articles qui articulent la réflexion sur la souveraineté des données avec celle de la justice sociale, de la reconnaissance des savoirs situés, de la protection des droits fondamentaux et de la capacité d’agir des acteurs concernés. Dans cette perspective, la souveraineté numérique n’est pas envisagée seulement comme une question d’infrastructure ou de sécurité, mais comme une condition de pluralisme, d’autonomie démocratique et de rééquilibrage des rapports de pouvoir.

Les articles retenus contribueront à construire une réflexion collective sur les conditions d’une gouvernance de l’IA capable de concilier innovation, responsabilité, diversité culturelle, circulation équitable des savoirs et souveraineté partagée des données.

Consignes de rédaction

Les propositions peuvent être rédigées en français, en anglais, espagnol ou portugais et doivent faire 35 000 signes maximum, caractères et bibliographies compris. Le résumé ne doit pas dépasser 2000 signes caractères compris. Il faut cinq mots clés.

L’article doit comporter un titre dans la langue du texte et dans deux autres langues. Si par exemple le français est la langue du texte, en plus du français, le titre doit être traduit dans deux autres langues (anglais, espagnol, allemand, etc.).

Le résumé et les mots-clés doivent également être dans les trois langues du titre.

Dans tous les cas, il doit respecter strictement les consignes rédactionnelles de la revue Comtecev que vous pouvez consulter à cette adresse : https://journals.openedition.org/ctd/1132

Les propositions doivent être inédites et ne doivent pas faire l’objet d’une publication antérieure.

Soumission

L’envoi des articles anonymisés se fera via l’adresse : https://revues.u-bordeaux-montaigne.fr/comtechdev/user/setLocale/fr_FR?source=%2Fcomtechdev%2Fabout%2Fsubmissions%2F

Choisir dans le menu déroulant le dossier « Dossier 2026c Gouvernance, circulation des savoirs, souveraineté des données »

Calendrier

  • Juin 2026 - Lancement de l’appel / demande d’articles
  • 1er octobre 2026 - Dépôt des articles
  • 15 décembre 2026 - Retour des évaluations
  • 15 février 2027 - Retour des textes remaniés / réception des versions définitives
  • Septembre/octobre 2027 - Publication du numéro