Date/heure
03/04/2026
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Pratiques de médiation des savoirs en sciences humaines et sociales : diffusion, resocialisation et réappropriation des patrimoines culturels
Appel à contributions – Revue Communication, technologies et développement
Coordination scientifique : Aminata Kane (Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal), Ferdulis Zita ODOME ANGONE (Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal) et Haydée BANGEREZAKO (Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal)
Les pratiques de médiation des savoirs occupent aujourd’hui une place centrale dans l’analyse des transformations contemporaines des patrimoines culturels, des archives, des Musées et des savoirs en sciences humaines et sociales. Longtemps envisagée comme une simple opération de diffusion ou de transmission, la médiation apparaît désormais comme un processus complexe, relationnel et situé, au croisement des Sciences de l’information et de la communication (SIC), de l’anthropologie, de la muséologie et de la linguistique, entre autres. Elle engage non seulement des dispositifs, des acteurs, des langages mais aussi des cadres institutionnels qui participent activement à la production du sens, à la construction des régimes de légitimité et à la reconfiguration des rapports de pouvoir. Dans cette perspective, la médiation ne peut être dissociée des processus de patrimonialisation, entendus comme des constructions sociales contemporaines. Le patrimoine ne relève pas d’un simple héritage transmis, mais d’un besoin social (Di Méo, 2005), sans cesse redéfini par des choix de sélection, de mise en visibilité et de reconnaissance. Comme l’a montré Micoud (2000), patrimonialiser le vivant revient à transformer des pratiques sociales en objets de transmission, générant des tensions entre fixation, transformation et usages sociaux.
Dans le champ des SIC, la médiation est analysée comme un processus communicationnel structurant, indissociable des dispositifs informationnels, documentaires et numériques qui organisent la circulation des savoirs (Sot, 2019). Davallon (1999) a montré que la médiation ne constitue pas un simple intermédiaire entre un savoir et un public, mais un processus de transformation symbolique. En insistant sur le fait que le musée est en passe de devenir un média, Davallon (1992) met en évidence la relation sociale qui s’établit entre acteurs et objets muséaux.
Les espaces de médiation doivent ainsi être appréhendés comme des écosystèmes informationnels (Lehmans & Liquète, 2025), produits par l’interaction entre usages, normes et technologies, davantage à une époque où le numérique imprègne notre interaction sociale. Les recherches sur les fab labs en bibliothèque (Lehmans & Aït Belkacem, 2018) illustrent des formes renouvelées de médiation fondées sur la participation et la co-construction des savoirs. Ces approches info-communicationnelles de la médiation invitent ainsi à dépasser une lecture strictement dispositive ou technologique pour interroger, plus fondamentalement, les processus sociaux, culturels et politiques par lesquels les savoirs sont recontextualisés, négociés et réinvestis dans des espaces différenciés de reconnaissance et de légitimation.
Du point de vue anthropologique, la médiation engage des processus de resocialisation du patrimoine en réinscrivant les objets, récits et pratiques culturelles dans des usages vivants. Les travaux sur le patrimoine culturel immatériel montrent que la sauvegarde repose sur la transmission performative et la reconnaissance sociale (Fall, 2022). Davallon (2022) souligne que cette patrimonialisation procède d’une traduction sociale, tandis que les pratiques info-communicationnelles participent activement à la production du patrimoine (De Bideran et al., 2022). Ces dynamiques s’inscrivent dans des histoires coloniales longues. Les analyses sur la mise en musée des cultures africaines (Suremain, 2007) et les débats contemporains sur la restitution montrent que la médiation demeure un enjeu central de reconnaissance et de réappropriation, que ces analyses s’appuient sur des rapports académiques ou techniques (Bertho, 2019 ; Sarr & Savoy, 2018 ; Dan, 2024) ou qu’elles habitent les imaginaires de la littérature, de l’enquête journalistique ou du cinéma (Ngom, 2018 ; Tervonen, 2022 ; Diop, 2024).
Dans le champ archivistique, la fabrique des archives coloniales (Houllemare, 2014) et la double médiation archivistique (Yante, 2019) montrent que les opérations techniques constituent déjà des formes de médiation. Les usages postcoloniaux de l’archive (Pinçonnat, 2019) et les propositions d’une archivistique éthique et relationnelle (Dansereau, 2021 ; Casenave & Kane, 2024, 2025 ; Tognoli, 2025) invitent à penser la médiation comme un espace de responsabilité.
Enfin, la médiation engage une dimension linguistique et discursive essentielle. Les choix de langues et de traduction conditionnent l’accessibilité des savoirs (Communication & langages, 2022). Les travaux de Vasquez et Apfelbaum (1985) montrent que certains dispositifs peuvent produire de l’étrangeté. Les études empiriques, telles que celle d’Etonde Njayou (2015), révèlent que la médiation patrimoniale se joue dans des négociations constantes entre tradition, modernité et institutions. Dans une perspective décoloniale, la médiation apparaît alors comme un lieu critique de réformation des savoirs (Rossinelli & Lévy, 2023) où la figure du passeur (Lamizet, 2000) permet de penser la médiation comme une pratique éthique et politique, jamais neutre, participant sans trêve à la quête, conquête ou reconquête du commun (Gellereau, 2016 ; Le Bihan & Jacob, 2008).
Les notions de diffusion, de resocialisation et de réappropriation ne sont pas ici pensées comme des catégories juxtaposées, mais comme les moments interdépendants d’un même continuum de médiation, au sein duquel les savoirs circulent, se transforment et se reconfigurent dans et par les interactions entre acteurs, dispositifs et contextes socio-historiques.
Axes thématiques
- Axe 1 — Médiation des savoirs et dispositifs socio-informationnels
- Axe 2 — Diffusion des savoirs, pouvoirs et régimes de légitimation
- Axe 3 — Archives, patrimoines et perspectives postcoloniales
- Axe 4 — Éthique, déontologie et médiation des savoirs
- Axe 5 — Musées, restitution et médiations décoloniales
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Calendrier
- Janvier 2026 - Lancement de l’appel / demande d’articles
- 3 avril 2026 - Dépôt des articles
- 3 juin 2026 - Retour des évaluations
- 17 juillet 2026 - Retour des textes remaniés / réception des versions définitives
- Septembre/octobre - Publication du numéro
Coordination scientifique
- Aminata Kane (Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal)
aminata18.kane@ucad.edu.sn - Ferdulis Zita ODOME ANGONE (Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal)
ferduliszita.odomeangone@ucad.edu.sn - Haydée BANGEREZAKO (Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal)
haydee.bangerezako@ucad.edu.sn
