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N°24 - Coexister dans les mondes organisationnels

Revue N°24 - 2ème semestre 2003

Coexister dans les mondes organisationnels

(Dossier coordonné par : Gino GRAMACCIA )

 

DOSSIER


Les 12 et 13 juin 2003, dans les locaux de la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine à Pessac près Bordeaux, une centaine de chercheurs, d’enseignants-chercheurs et de praticiens de la communication étaient rassemblés pour un colloque dont le thème était « Coexister dans les mondes organisationnels ». Ils venaient de la plupart des universités françaises où sont développés des enseignements et des recherches en sciences de l’information et de la communication. Mais aussi de Belgique, du Canada, de Chine et du Luxembourg. Même s’il est vrai que les universitaires étaient majoritaires, on comptait parmi les participants et les intervenants des chercheurs indépendants ou relevant des directions de la recherche et du développement de grandes entreprises. Comme il est d’usage avec les colloques du Groupe de Recherche en Communication des Organisations (GREC/O), une grève à La Poste avait perturbé l’organisation. En 2000, lors du précédent colloque, c’était une grève à la SNCF qui avait empêché certaines des personnes inscrites de nous rejoindre et qui obligea d’autres à passer un week-end à Arcachon faute de train pour rentrer à Dunkerque ou à Thionville. Un de nos contemporains, qui brilla de mille feux au firmament de la communication avant de sombrer dans les ténèbres de la politique, a dit naguère : « La route est droite mais la pente est forte ». C’est exact et vous vous exposeriez à bien des déboires si vous alliez contredire cette affirmation forte devant les membres de notre laboratoire. Cette fois encore, la pente a été forte mais nous l’avons gravie grâce aux étudiants du DESS en Information et Communication des Organisations qui ont, avec compétence et enthousiasme, pris en charge la logistique et la communication de ce colloque du GREC/O, le treizième depuis 1986. C’est d’ailleurs ce premier symposium qui réunissait praticiens et universitaires qui constitua l’acte de naissance de notre centre. Les 6 et 7 novembre 1986, nous avions convié des entrepreneurs et des communicateurs d’entreprise à nous exposer leurs besoins et à nous présenter leurs perspectives en matière de communication. Les intervenants s’appelaient Jean-Paul Wevers pour Renault, Gérard Démocrate pour le groupe Sud Ouest, Claude Jaillon pour la FNAC, Bernard Etcheparre pour Lectra Systèmes, Eric Sarrat pour la Générale de traction, Yves Agnès pour Le Monde, Jean-Christophe Morel pour La cellulose du pin et Bernard Magnez pour William Pitters. Certaines de ces entreprises ont évolué. A l’époque Lectra Systèmes était l’une des entreprises les plus innovantes au monde et exportait partout ses systèmes de découpe au laser appliquée au textile. Bernard Magrez était à la tête d’une société qui vendait et exportait des vins et spiritueux sur cinq marchés : le porto, le whisky, les cocktails, les vins pétillants (20 millions de bouteille par an) et les vins étrangers (1er importateur français avec 12 millions de bouteilles par an, le suivant, Pernod-Ricard étant loin derrière avec 3,5 millions de bouteilles, Bernard Magrez commercialisait notamment 11 millions de bouteilles de Sidi Brahim). Il commercialisait également un Bordeaux générique, Malesan, dont l’image était supportée par un cheval de jumping qui s’appelait Malesan . Pour cette première rencontre, nous étions à l’écoute. Il y en eut d’autres, au rythme d’une pas an, qui reposèrent sur l’échange. Une question centrale suscitait témoignages et réflexions de praticiens et de chercheurs universitaires. Citons, pour nous faire comprendre, les trois suivants. L’entreprise communique avec ses partenaires (1987) examinait trois types de situation : la communication de besoin (en direction de la banque ou des institutionnels, par exemple…), la communication de contrainte (après une crise ou pour réhabiliter un secteur à l’image négative…), la communication de partenariat (lors de la cotation en bourse ou en direction de sociétaires dans le cas de l’économie sociale…). Les stratégies de communication des organisations : leurs acteurs, leur évaluation (1988) avait un titre suffisamment détaillé pour qu’il ne soit pas nécessaire de l’expliciter. Culture d’entreprise et communication internationale (1989) fut introduit par Thierry de Beaucé, secrétaire d’Etat aux Affaires culturelles internationales et s’articulait autour de trois sous-thèmes : conception et pratique de la communication dans les différents espaces culturels, communiquer pour vendre sans frontière et gérer les différences culturelles pour mieux travailler ensemble. Parmi les intervenants figuraient de nombreux chercheurs d’universités, d’entreprises et de cabinets de consultants étrangers. Citons Bernard Dagenais (Canada) que nous devions recevoir à plusieurs autres reprises, Joël Ferreira (Portugal), Archie McLellan (Grande Bretagne), Yuji Nakano et Akire Yamaoka (Japon), Martin Frankowski et Karsten Kurowski (Allemagne), Valérie Shulman et Pamela Huntington-Darling (USA), Faïs Malas (Liban). Il y eut les colloques co-organisés avec des partenaires français ou étrangers. Citons Ethique et communication avec le journal Le Monde (1990), Communication et sentiment d’appartenance dans les villes des grandes agglomérations (1991), avec l’Université Laval de Québec, qui comporta deux parties, à Québec et à Bordeaux. Ou encore, sur le même mode de fonctionnement en deux parties, Communication institutionnelle et culture (1995), avec l’Université Hassan II de Casablanca. A partir de 1997, le GREC/O s’engagea dans des programmes triennaux qui déterminèrent le rythme des colloques. Il s’ensuivit une réflexion plus approfondie puisque les colloques viennent désormais à la fin d’une période de travail et de recherche. Le schéma, qui a toujours cours, est le suivant : Phase préparatoire détermination d’un objet de recherche, d’une méthodologie et d’un protocole. Le thème est toujours choisi de telle sorte qu’il permette une production commune tout en se laissant décliner vers les problématiques personnelles des chercheurs. Cette façon de faire convient à tous les membres du groupe et, préservant les intérêts et les objectifs individuels (préparation de thèses et d’HDR notamment), en même temps que facilitant un travail collectif, entretient la cohésion et la productivité. Phase 1 Années 1 et 2 : travaux de recherche aboutissant, à la fin de l’année 2, à la publication d’un ouvrage collectif. En 1997, nous avons publié Induction et communication, textes préparatoires sous la forme d’un hors série de notre revue. En 2000, Non verbal et organisation a été édité par L’Harmattan. En 2003, toujours chez L’Harmattan, Coexister dans les mondes organisationnels . Phase 2 Année 3 : organisation d’un colloque pour lequel l’ouvrage collectif terminant la première phase constitue un recueil de textes préparatoires remis aux congressistes. Phase 3 Année 4 : tandis que se prépare le programme de recherche suivant, le groupe travaille à la réalisation des actes du colloque, lesquels sont publiés par notre revue moins d’un an après le colloque Le 7 novembre 2003, un protocole a été signé entre le GREC/O et le centre de recherche de l’Institut du Journalisme et de la Communication de l’Université de Wuhan. Au terme de cet accord, chacune des parties organisera tous les trois ans un colloque auquel participera un groupe de chercheurs de l’autre partie. Les thématiques seront choisies de manière à être traitées par chacun des laboratoires. Du 2 au 8 juin 2004, six chercheurs du GREC/O communiqueront au premier colloque de Wuhan tandis qu’en 2007 une délégation de chercheurs chinois viendra au colloque de Bordeaux. Le GREC/O affirme ainsi une ouverture et une dimension internationales qui lui ont permis, au cours de ses dix-sept années d’existence, de collaborer avec des centres de recherche africains, asiatiques, européens et nord-américains. Les travaux du GREC/O trouvent leur cohérence dans un paradigme fondateur que nous avons dénommé induction et que nous explorons depuis 1992. Nous l’avons défini comme un ensemble complexe, à processus multidimensionnels, interactifs, sans polarité prédictible, à l’œuvre dans la communication. Les colloques de 1997, 2000 et 2003 ont grandement contribué à cerner et à enrichir ce paradigme. Je m’en voudrais de ne pas évoquer trois caractéristiques que je considère comme fondatrices et consubstantielles du GREC/O. D’une part, aucun d’entre nous n’a jamais considéré que, comme cela se dit parfois ici et là, « la recherche est une souffrance ». Pour nous la recherche est un plaisir. Si ce n’était pas le cas, comment expliquerions-nous que tant de jeunes diplômés souhaitent s’engager dans cette carrière mal payée et mal considérée ainsi que nous l’a montré l’actualité du début de l’année 2004. Non seulement la recherche est un plaisir mais nous, les enseignants-chercheurs universitaires, nous nous estimons heureux de pouvoir, de par notre statut, apprendre et remettre en question tout au long de notre vie. En tout cas, au GREC/O, comme disent parfois les jeunes, on ne se prend pas la tête. Et, comme ajoutent parfois les moins jeunes, on ne se pousse pas du col. Ce qui ne nous empêche pas d’être productifs et reconnus comme tels. La deuxième caractéristique que je souhaite évoquer est la liberté de parole qui découle de la liberté de pensée. Comme il n’y a pas chez nous de maître à penser, encore moins de gourou, et que nous ne sommes pas sensibles aux effets de mode qui sévissent parfois dans le petit milieu des « intellocrates » pour reprendre le néologisme de Hervé Hamon et Patrick Rotman , nul ne craint d’être rappelé à l’ordre, voire mis hors jeu. Le doctorant et le professeur sont aussi libres l’un que l’autre. Celui-là ne craint pas d’oser, celui-ci ne cherche pas à en imposer. Enfin, si l’on revient aux effets de mode, force est de constater qu’ils se situent plus souvent au niveau de la langue qu’au niveau des idées. Certes, il y a des concepts à la mode. Ceux que je me sentais obligé d’invoquer sinon de convoquer quand j’étais étudiant me feraient soupçonner de ringardise furieuse si je les évoquais aujourd’hui. Il fallait alors être structuraliste à tout crin… Nous souhaitons ne pas verser dans le formatage des esprits qui fait fureur dans notre société et qui menace notre microcosme. Nous sommes à peu près sûrs de ne pas succomber à celui du lexique qui est un autre des maux de notre temps. Nous nous efforçons d’employer les mots justes plutôt que les mots qui plaisent. Ainsi, il m’a fallu du temps pour comprendre que le mot durable était un adjectif et cela m’a mis à l’abri d’un recours exagéré à l’expression développement durable. J’ai longtemps cru que cette expression appartenait à la langue de la cuniculiculture. J’imaginais des lapins culturistes fort occupés au développement du râble et clapissant de joie dans leurs clapiers à chaque fois qu’ils constatent une augmentation de leur masse musculaire. Soyons sérieux , nous avons tendance à éviter les modes langagières autant que le jargon pseudo scientifique qui ne trompe personne ; ou alors pas longtemps… On trouvera ci-après la conférence inaugurale, prononcée par Gino Gramaccia et les conférences et communications regroupées en trois registres pour la commodité du traitement : · Le registre des identités, qui s’étend du cosmopolitisme assumé à l’acculturation forcée, · Le registre des inscriptions matérielles et spatiales, qui va d’un mode intensif à un mode extensif (condensation vs dilution, dissémination / agrégat vs conglomérat), · Le registre du projet qui construit des solidarités opérationnelles et fonctionnelles Le programme comportait une table ronde consacrée à l’enseignement et à la recherche en sciences de la formation et de la communication en Chine à laquelle devaient participer des enseignants-chercheurs de l’Institut du Journalisme et de la Communication de l’Université de Wuhan. Malheureusement, l’épidémie (SRAS) qui sévissait à l’époque n’a pas permis à nos amis chinois de faire le voyage. Nous les avons reçus en novembre et cette table ronde a été intégrée au séminaire que nous avions organisé à ce moment. On trouvera les textes des communications à la fin du volume. Hégésippe Simon, le précurseur, a dit : « Les ténèbres s’évanouissent quand le soleil se lève ». Il avait raison. Puissent les textes que nous vous proposons dans ce numéro de notre revue, contribuer à repousser les ténèbres de l’ignorance et aider le soleil de la connaissance à se lever, triomphant, sur le champ de la recherche.